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Le skate n’est pas une mode (enfin un peu quand même)

AW
André-Naquian Wheeler

March 11, 2018, 09:25

Si vous voulez savoir comment Vans est devenu l'incontournable des pieds de skateurs, plongez-vous dans le vertigineux livre photo « Skateboarding Is Not A Fashion ».

On porte tous des fringues de skate, sk8er boi ou pas. Qui n’a pas un jour enfilé des Vans slip-on à damier ? Jusqu’à ce qu’elles soient éraflées, recouvertes de poussières, les coutures toutes déchirées. Sans parler de ces chaussures DC un peu grossières, à la limite du modèle orthopédique, qui faisait fureur au début des années 2000. Aujourd’hui, le style skateur s’est largement détaché de ses connotations « slacker » d’antan. Il représente désormais une vision du cool, détente, sans effort.

« Aujourd’hui, je pense que quand les gens pensent au “look skater”, ils pensent principalement aux Vans, aux pantalons Dickies, aux chemises en flanelle et aux petits bonnets, assure Alexis Castro, rédacteur pour la publication skate Jenkem Magazine. Si tu troques le Dickies pour un workpant Gosha, tu quittes vite la case du skateur de tous les jours pour rejoindre celle de l’influenceur. »

Des designers de haute volée tels qu’Alexander Wang ou Gosha Rubchinskiy ont développé des obsessions artistiques pour les hoodies, les t-shirts oversized ou les bonnets. Hermès a poussé la logique au maximum l’an dernier en sortant un skateboard à 3000$ construit en bois de hêtre. Pendant ce temps-là, le printemps/été 2017 ultra-hypé de Supreme x Louis Vuitton représentait la première percée d’une marque de skate dans le monde du luxe. Et des questions se posaient alors : comment les vêtements de skate avaient-ils pu passer des chaussures de Tony Hawk aux sneakers en daim Wang x Adidas à 200 boules ?

Jurgen Blumlein et Dirk Vogel, fondateur du Stuttgart Skateboard Museum, tentent de répondre à cette question dans leur livre photo de 600 pages, Skateboarding Is Not A Fashion. Leur travail gargantuesque explore les premiers soubresauts du skateboard, d’abord né d’un passe-temps des surfeurs californiens désireux de s’entraîner sur du bitume. Puis Jurgen et Dirk bifurquent pour disséquer les skateurs en maillots des années 1970, quand les grandes équipes sponsorisées par des marques comme Pepsi prenaient toute la lumière de la scène. Il aura fallu attendre les années 1980 – après que Michael J. Fox ne fasse du skate en 2015 dans Retour vers le futur – pour que les vêtements de skate ne se parent des éléments punks qui font encore leur succès aujourd’hui.

« Il existe beaucoup de livres sur l’esthétique du skateboard – Sean Cliver en a fait un super – mais il y en a très peu sur les vêtements du skateboard, nous explique Jurgen au téléphone. Dirk et moi, nous voulions créer une frise chronologique. Partir des racines, examiner l’influence de la culture surf sur les vêtements de skateurs et comprendre à quel moment c’est devenu un look en soi, avec son esthétique et ses styles propres. »

Skateboarding Is Not A Fashion est plein d’anecdotes et de récits historiques, de descriptions de tendances très précises et d’influences culturelles très profondes. On y revisite par exemple l’influence de la culture BMX sur l’iconique t-shirt Vans à manches longues, la popularité des chaussettes d’argyle dans les années 1970 et l’explosion des ceintures en velcro grâce à la marque de Los Angeles Jimmy Z. Il y a tant d’époques, de styles et de tendances à couvrir que Jurgen et Dirk ont dû arrêter leur livre en 1985. Ils prévoient de compléter leur étude fournie du vêtement de skate avec deux autres volumes à suivre.

« On ouvre le livre sur la photo d’une famille dans les années 1950, où les enfants sont habillés comme les parents, raconte Jurgen. Parce qu’il n’y avait pas d’uniforme de la jeunesse à l’époque. Il y avait des jeans, mais qui correspondaient davantage à une tenue de travail. Donc c’était quelque chose de très fort, symboliquement, d’enfin avoir quelque chose de différent à porter – au même titre que la culture du surf à rendu populaire les chemises hawaïennes. » Jurgen est une véritable encyclopédie de l’histoire du skate. Il est capable de pointer précisément la naissance d’une tendance – jusqu’à savoir quelles couleurs étaient les plus prisées à tel ou tel moment – avec une précision impressionnante. « La première tendance qu’on a repérée, c’est dans les années 1960, les rayures. Qui venaient de la mer, la voile, la navigation. Les rayures sont encore présentes aujourd’hui. Dans le livre il y a beaucoup de rayures rouges et vertes, mais en ce moment les skateurs sont plus tentés par le rose. »

La confection de Skateboarding Is Not A Fashion a pris un temps fou, notamment parce que la communauté des skateurs est très prudente, et redoute à juste titre d’être mal décrite et représentée. Jurgen a dû redoubler d’efforts pour gagner la confiance de ses sujets. « Quand on est allés à Venice, beaucoup d’entre eux voulaient en savoir plus sur nous. Donc j’ai dû leur parler de notre musée du skateboard, en Allemagne. Ça prend du temps de gagner la confiance de quelqu’un, et encore plus de lui soutirer son t-shirt vintage préféré. »

Il est possible de parcourir le livre et d’y glaner beaucoup d’histoire rien qu’en tombant sur les grandes publicités vintage et les photographies pleines de candeur qui remplissent le livre. On y (re)découvre des t-shirts vintage de marques révolues comme Warptail, Mad Rat ou Santa Monica Airlines. Cependant, peu importe la décennie, les skateurs qui sont photographiés en train de descendre les rues à folle allure, dompter les rampes et traîner avec leurs potes ont tous quelque chose en commun. Ils ont tous le même regard, emprunt d’une jeunesse éternelle et d’un hédonisme salvateur. Et voilà quelque chose qui ne pourra jamais se vendre en rayons.

Cet article a été initialement publié sur i-D US.

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