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On a pris l’apéro avec le syndicat des travailleurs du sexe

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Lola d'Estienne d'Orves - Frédéric Oszczak, Photo: Frédéric Oszczak

March 8, 2018, 08:34

« Être sexy, inventifs et faire la fête pour montrer le travail du sexe sous un autre jour »

Quelle est l’image que vous avez d’une pute ? Si votre réponse est « au fond du trou, en train de penser à tout l’argent que lui prend son mac », vous auriez dû venir vendredi dernier à la UTSOPI Party. Dans l’ambiance intime de la Rainbow House à Bruxelles, c’est là que nous a accueillis Maxime Maes, jeune porte-parole de l’Union des Travailleurs du Sexe Organisés Pour l’Indépendance qui organisait la soirée, avec pour but de changer l’image du Travail du Sexe en faisant la fête. UTSOPI, c’est un genre de syndicat, ou plutôt une organisation de prostitués, camgirls, stripteasers et autres métiers de la fesse qui ont décidé de s’organiser pour faire entendre leurs revendications, changer l’image du travail du sexe, mais aussi créer un espace safe de discussion entre professionnels.

« On veut montrer qu’on est pluriels, qu’on sait être sexy, inventifs, faire la fête pour montrer le travail du sexe sous un autre jour, tout en rapportant des fonds. » Une bière à la main, Maxime nous explique le but de la « UTSOPI party » qui a lieu ce soir à la Rainbow House. Comme beaucoup ici, il est travailleur du sexe et membre d’UTSOPI, la seule association créée par des putes, pour les putes en Belgique. « Il y a beaucoup d’associations d’aide, mais aucune avec des TDS [travailleurs du sexe ndlr]. On voulait pouvoir parler avec des collègues qui comprennent et qui ne vont pas poser des questions indiscrètes et maladroites que pourraient poser des amis. On propose aussi des conseils vis à vis des clients, des listes de personnes qui ne sont pas dangereuses ou putophobes. »

«Les gens nous prennent pour des personnes stupides»

Une envie de changer les mentalités aussi sur la perception des travailleurs du sexe : « Les gens nous prennent pour des personnes stupides. On me demande souvent si je discute un peu avec mes clients avant de les voir par exemple, comme s’ils toquaient à ma porte par hasard et que je les accueillais à bras ouverts. On pense aussi trop souvent qu’on est tous des victimes. Personnellement, commencer la prostitution, c’était un non-choix, je l’ai fait parce que je prenais quatre grammes d’héroïne par jour. Aujourd’hui, je ne suis plus toxicomane et j’en suis très heureux, mais j’ai continué à être pute. Pourtant, je ne me considère pas comme une victime. Et puis, parler du choix du travail dans nos sociétés actuelles, je trouve ça un peu dérisoire. Chacun se débrouille avec sa situation. »

Une situation pour les travailleurs du sexe souvent complexe en Belgique. On a récemment beaucoup entendu parler de la Suède via le documentaire d’Ovidie, Là où les putains n’existent pas. Là-bas les prostituées sont considérées comme des personnes irresponsables, incapables de prendre des décisions ou de s’occuper de leur progéniture. En Belgique, la situation n’est pas si différente : « Ici, on a l’article 380 du code pénal. Il introduit la notion de “bonnes mœurs” dans la loi et a une vision abolitionniste de la prostitution. En gros, l’idée c’est que le travail du sexe ne devrait pas exister et que c’est une violence faite aux femmes de manière intrinsèque. Pourtant, l’échange d’argent contre du sexe n’est pas illégal. C’est différent de la Suède dans le sens où les services à l’enfance ont moins de pouvoir, mais on se retrouve quand même avec des situations ridicules. J’ai une collègue dont le mari a été condamné pour violence envers ses enfants et sa famille, et parce qu’elle était travailleuse du sexe, elle a perdu la garde. Sa seule faute, c’est d’avoir vendu son cul pour pouvoir nourrir ses enfants. »

Une histoire parmi tant d’autres, dûe à une loi considérée comme rétrograde par UTSOPI : « C’est la même loi qui enlevait tout droit à un croupier de casino il y a encore quelques années, parce que sa profession était contraire aux bonnes moeurs. Mais les bonnes moeurs, c’est quoi ? Parce qu’entre celles de mon voisin et les miennes, je peux t’assurer qu’il y a un monde de différence. »

En bref, la politique belge cultive une complexité et un flou juridique typique du plat pays. Le seul niveau de pouvoir malléable réside dans les communes, qui gèrent à leur échelle la prostitution. À Anvers par exemple, la Villa Tinto est considérée comme le meilleur quartier rouge d’Europe, et agit sous une vision réglementariste : « La réglementation a été faite via un dialogue avec les TDS et les associations d’aide. Du coup, la Villa en elle même est réglementée et on leur fout la paix, mais la prostitution de rue est interdite et le système est très répressif envers celles qui le font, qui sont souvent des migrantes qui n’ont pas accès aux maisons closes vu qu’elles n’ont pas de papiers. »

« Sur l’espace francophone, il y a un héritage historique humaniste, de gauche, de vouloir penser le bien être des personnes à leur place. »

En francophonie, difficile de trouver un équivalent de la Villa Tinto. Une différence qui s’explique plus par un souci économique que par le respect de la profession pour Maxime : « En Flandre, les gens ne sont pas plus sympas avec les TDS, faut pas se fourvoyer. Ils ont surtout une vision pragmatique et économique : le travail du sexe existe, donc il faut le réglementer parce qu’en soi, les TDS rapportent de l’argent. Sur l’espace francophone, il y a un héritage historique humaniste, de gauche, de vouloir penser le bien être des personnes à leur place. On dit aux gens ce que doivent être leurs valeurs, leur bonheur, leur bien-être… »

La musique de la salle s’intensifie alors que les curieux, sympathisants et TDS continuent d’entrer dans la Rainbow House. L’ambiance dénote avec les propos de Maxime qui raconte la situation actuelle à Bruxelles. Quelques rues plus loin, la vision des bourgmestres du centre et de Saint Josse est plus à la répression qu’à la discussion : « À 1000 Bruxelles, on nous a clairement dit ne rien avoir à foutre des putes. Se lever à huit heures du mat’ pour aller dans un bureau et s’entendre dire ça, c’est pas la meilleure des situations. En plus, certains nous accusent de favoriser la traite des êtres humains. C’est tout à fait différent du travail du sexe qu’on défend. On la condamne, et le premier qui ose dire le contraire je lui colle un procès au cul. »

On en vient à se demander s’il existe, quelque part, un dispositif qui respecterait les putes. Pour Maxime, le système néo-zélandais reste le plus poussé dans ce sens : « Là bas, les TDS sont des travailleurs comme les autres, et sont prioritaires sur les formations à l’emploi s’ils décident d’arrêter.»

 

 

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